Septembre 2009 : "l'introduction d'intérêts particuliers condamnerait l'agence à la disparition plus ou moins rapide" - Claude Moisy, ancien PDG

Claude Moisy, ancien journaliste de l'AFP, a dirigé l'Agence de 1990 à 1993. Sa "Tribune Libre" a été publiée dans le journal "Le Monde" daté du 30 septembre 2009

Voici des extraits de son article, que l'on peut lire en totalité sur le site site du journal le Monde :. Egalement disponibles sur notre site, des traductions en English, Deutsch et Español.

L'AFP ne pourra résister au changement de statut qu'on lui prépare

« Pour avoir "vécu" quotidiennement l'AFP pendant trente-cinq ans, je suis persuadé qu'elle ne peut continuer à exister qu'avec le statut bâtard et aberrant qui lui a été donné lorsque le Parlement l'a dénationalisée en janvier 1957.

« [l'AFP est une] entreprise bâtarde, qui ne devrait pas exister dans un monde d'économie de marché, mais qui fonctionne quand même depuis cinquante-deux ans. Et qui ne fonctionne pas si mal puisqu'elle est, avec l'américaine Associated Press et la britannique Reuters, l'une des trois seules agences de presse "globales".../...

« Le financement partiel de l'AFP est un élément de l'aide multiforme de l'Etat aux médias français qui, sans elle, dépendraient de deux agences anglo-saxonnes pour leurs informations de l'étranger.

« Il y a toujours eu jusqu'ici un consensus dans le monde politique et la haute administration pour considérer que l'existence de l'AFP était un atout pour la France.../... On peut voir là une notion gaullienne, type Concorde, comportant une dose d'illusion de grandeur, mais le fait est là, incontournable : l'AFP n'existe que par la volonté de l'Etat français.

« .../... Malgré sa dépendance financière de l'Etat après qu'elle est devenue indépendante en 1957, [l'AFP] a progressivement cessé d'être considérée à l'étranger comme une agence gouvernementale. .../... Cela a été dû à la qualité d'une grande partie de son personnel et à la règle paradoxale formulée par Jean Marin, l'un de ses pères fondateurs : "L'AFP ne peut fonctionner que si celui qui paye ne commande pas.".../...

« Il semblerait que le consensus soit maintenant remis en question au plus haut niveau de l'État.../.... Sans connaître les intentions des responsables du dossier, je veux leur dire ma conviction que l'introduction d'intérêts particuliers condamnerait l'agence à la disparition plus ou moins rapide .../...

« Je ne dis pas qu'il est indispensable que l'Agence France-Presse soit maintenue dans son état actuel quel qu'en soit le prix. Le gouvernement.../... peut, par exemple, estimer qu'une simple boîte à communiqués nationale lui serait plus utile et moins coûteuse. Si c'est le cas, il doit le dire clairement au lieu de se défausser du démantèlement sur des seconds couteaux. Si ce n'est pas le cas, et s'il veut que l'AFP garde sa place dans le monde, il doit assumer ses responsabilités. »

Claude Moisy est journaliste, ancien président-directeur général de l'Agence France-Presse.

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